Que tout le temps qui passe ne se rattrape guère, que tout le temps perdu ne se rattrape plus.

by lulasaysdotnet

C’est comme au bac de philo.

J’ai pris ma feuille, lu les sujets qu’on nous proposait, regardé un peu les autres, autour de moi, qui étaient sûrement pas plus rassurés que moi mais qui avaient vachement plus l’air de savoir ce qu’ils foutaient là – peut-être qu’il y en a qui savaient vraiment, t’sais, ceux qui ont toujours su où ils allaient, ceux qui en grande section de maternelle savaient qu’ils voulaient être pilote de ligne, vétérinaire, chef du monde, et qui le sont, là maintenant, pendant que moi je tape ces mots dans le noir, dans une chambre qu’est pas la mienne, et que toi tu les lis, je sais pas trop où, mais je m’égare -, et puis j’ai choisi un sujet, celui qui me paraissait le moins compliqué – pas le plus facile hein, le moins compliqué – et puis j’ai commencé mon brouillon. Tu sais, au bac, t’as un temps imparti – mais si, tu sais forcément ça -, pour la philo, c’était quatre heures. Et ben moi au bout d’une heure et quart, j’ai regardé mon brouillon, et je me suis demandé ce que j’étais en train de branler. C’était n’importe quoi. J’ai choisi un autre sujet, et j’ai recommencé. Et au bout de quarante-cinq nouvelles minutes, à la moitié de l’épreuve donc, même scène, et j’ai pris le troisième et dernier sujet. “La perception peut-elle s’éduquer ?“, c’était. Connerie. Enfin bref, me voilà en train de sprinter comme une folle sur ma copie pour terminer en deux heures ce pour quoi on nous en donnait quatre. Easy. Bon, j’ai terminé, et j’ai sauvé les meubles, mais ce que je voulais dire là, c’est que c’était symptomatique de ce qui allait m’arriver régulièrement par la suite, à une autre échelle.

Deuxième jour à la fac de Lettres : “Hm, non en fait je veux pas faire ça”. Trois ans pour avoir un DUT que j’ai fini juste parce que je l’avais commencé. Une LP qui vendait du rêve sur le papier et puis qui était comme tout le reste, du vent. Deux ans de master à jamais foutre les pieds en cours. Et maintenant je l’ai, le Saint Graal qui n’a pas tellement de valeur si ce n’est des milliers d’euros de dette étudiante et sept ans de ma vie. Et maintenant je suis assise dans le noir, dans cette chambre qui n’est pas la mienne, je suis sensée repartir dans 30 jours au bout du monde pour exercer le métier que j’ai décidé d’exercer parce que je savais bien faire et que je faisais les études pour. Tu veux que je te dise un secret ? Je veux pas faire ça. Partir oui, te méprends pas. Pour ça non.

Je veux remonter le temps, me retrouver à 17 ans, me prendre entre quatre yeux et me dire : “Prends ton temps, réfléchis, ça va pas s’envoler sans toi. Fais ce que tu veux faire, pas ce qui va te coûter le moins cher – que tu crois en plus – ou ce qui a le plus de débouchés – toujours que tu crois. Fais ce que tu veux même si ça paraît complètement cinglé, même si tu crois que t’es pas douée pour. Même si tu sais pas ce que tu veux, parce que je me souviens, je sais que tu sais pas. Mais ça va venir.”

Mais j’peux pas faire ça.

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